Zoulikha Bouabdellah, solo show in Madrid

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Une exposition personnelle de Zoulikha Bouabdellah inaugure un nouvel espace dédié à l’art contemporain à Madrid, la galerie Sabrina Amrani.

L’artiste présente ici des œuvres récentes réalisées en réaction aux événements qui ont secoué le monde arabe depuis quelques mois, ainsi de sa série Mirage (I, II, III, IV et V et la pièce Is your love darling just a mirage ?). Selon un processus bien connu qui veut que chaque révolution génère des icônes, l’artiste a trouvé la sienne dans un avion Mirage de l’armée de Kadhafi abattu en plein vol par les forces rebelles. À partir de ce motif, schématisé, colorié et répété à l’envie, l’artiste a construit des pièces qui semblent inspirées des arts décoratifs islamiques. Des œuvres, qui dans un premier temps, semblent très décoratives et légères, révèlent en fait rapidement leur connotation guerrière et dramatique.

Autre pièce, plus ancienne, présentée dans l’exposition, Set me free from my chains (2009), inspirée d’une chanson d’Oum Kalthoum, un hymne à la liberté transformé en slogan révolutionnaire. Cette installation se compose d’enceintes de différentes tailles et formes et d’une inscription en arabe qui barre l’ensemble. Le travail de Zoulikha Bouabdellah s’inscrit parfaitement dans l’esprit de ce nouveau lieu dédié à l’art contemporain dont le crédo est « le dialogue, pour voir et écouter les autres ».

L’artiste est actuellement présentée à l’exposition « Big Brother. L’artiste face aux tyrans » au Palais des Arts et du festival de Dinard. Jusqu’au 11 septembre.
Pour plus d’informations : http://zoulikhab.com/
Mirage’, Zoulikha Bouabdellah, jusqu’au 20 juillet
Madera 2328,004 Madrid, Spain

Tripoli années 60 : femmes à la dérive

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Le sexe n’était pas gai à Tripoli dans les années soixante. Car les hommes étaient « tous des rats d’égouts ». La grand-tante Nafissa avait tiré de son expérience une véritable anthropologie : « les hommes, en dehors de leur ventre ou de leur zob, ne s’intéressent à rien sinon à détruire d’une main ce qu’ils viennent de construire de l’autre. » Et pourtant, que d’espoirs n’ont-ils pas fait naître dans la tête des jeunes filles en fleurs !

Âmes tripolitaines à la dérive, ces femmes ne cessent de raconter leur déchéance, la flétrissure de leur corps, leur visage bouffi, leur peau craquelée. Ce sont des juives, des Noires, des Berbères, des Arabes. Elles n’hésitent pas à se confier à un garçon, tellement curieux qu’on l’a affublé du sobriquet Hadichenou, « Cékoiça ». À l’époque, Tripoli est encore une ville de mélanges et d’ouvertures, qui se remet mal de la brutalité des soldats de Mussolini qui n’ont pas hésité à piller et violer. Signora Filomena, dont la famille est installée à Tripoli depuis trois générations, sait qu’elle devra partir un jour avec ses trois filles. Entre-temps, elle convie Hadichenou, dont les réminiscences gustatives sont aussi puissantes que le souvenir des corps féminins touchés ou effleurés, manger, place d’Alger, la pizza aux tomates et aux anchois parfumée à l’origan et les sandwiches de sardines grillées imprégnées d’huile d’olive parfumée à l’ail et aux piments rouges.

Mais les femmes connaissent des moments de bonheur. Quand elles se retrouvent entre elles pour une séance de thé ou de hammam. Quand elles boivent avec les juives la boukha ou le laghbi, ce délicieux vin de palme. Quand, à l’instar de la mère de Hadichenou, elles s’isolent pendant de longues heures avec une amie d’enfance, non sans avoir chassé notre héros, dès lors condamné à aller méditer dans le cimetière face à la mer. Pour nous livrer un demi-siècle plus tard ces moments volés aux Tripolitaines. Des moments vibrant d’émotion et de sensibilité.

Kamal Ben Hameda, La Compagnie des Tripolitaines ; Elyzad, Tunis, 2011, 109 p., 11,900 DT/14,90 €

Prisse d’Avennes à redécouvrir à la BnF et au Louvre

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Pour quelques jours encore, la BnF et au Musée du Louvre présentent le travail d’Émile Prisse d’Avennes, égyptologue, ethnologue et archéologue. Durant ses séjours en Égypte, sa curiosité alla tout autant à l’Égypte pharaonique qu’à l’art arabe.

Pour montrer la richesse de son œuvre, la Bibliothèque nationale de France a puisé dans son fonds des calques, des dessins et des photographies réalisés par Prisse d’Avennes ou par ses collaborateurs. Au fil de la galerie Mansart, on découvre l’Égypte pharaonique et islamique selon Prisse d’Avennes. Au Louvre, l’exposition présente l’un des édifices les plus intéressants de l’égyptologie : La chapelle des ancêtres du pharaon Thoutmosis III. Le musée a rassemblé un ensemble de documents présentant ce monument et les démarches entreprises par Prisse d’Avennes pour le faire venir en France.

Un travailleur minutieux

Émile Prisse d’Avennes est né dans le nord en 1807. Très tôt orphelin, son grand-père l’oriente vers le barreau mais lui opte pour une carrière d’ingénieur. Il entre à l’École des Arts et Métiers de Châlons-en-Champagne en 1822. En 1826, il quitte la France pour aller combattre aux côtés des armées hellènes. Puis, il se rend en Inde et en Palestine. Le 28 avril 1927, il arrive en Égypte où il se fixe pour dix-sept ans. Il entre au service de Méhémet Ali. Il apprend l’arabe, se vêt à l’orientale et se fait appeler Edris-Effendi. À partir de 1836, il quitte ses fonctions officielles et se retrouve libre d’explorer le pays. En 1844, il rentre en France. Il lui faut patienter jusqu’en 1858, date à laquelle il obtient une mission de deux années des Ministères de l’Instruction publique et du Commerce, avant de pouvoir repartir. Il est accompagné de son proche parent Willem de Famars Testas et du photographe Édouard Jarrot. De 1860 à sa mort en 1879, il poursuit un important travail d’édition.

Dès ses premières années en Égypte, il montre une grande curiosité pour son patrimoine comme l’illustre Le plateau de Gizeh (1er janvier 1832), aquarelle présentée au début de l’exposition. Au premier plan, des visiteurs européens, peut-être Prisse d’Avennes lui-même, alors que la silhouette des pyramides se dresse à l’horizon. À partir de 1836 et jusqu’en 1844, il peut pousser plus loin son travail d’exploration. Son souci a toujours été de conserver une trace de ces richesses. Il entreprend alors un minutieux travail de relevés. L’exposition de la Bnf s’emploie à nous faire comprendre sa manière de travailler en optant pour un parcours où l’on progresse suivant les différentes techniques qu’il a employées.

Calquer, dessiner, photographier

Au cours de ses deux longs séjours, il réalise un grand nombre de calques. La Bnf en montre quelques-uns exécutés à Gournah dans la tombe de Rekhmirê, vizir de Thoutmosis III et d’Aménophis II. Son travail de relevés est d’une grande précision. Il annote les couleurs, met au jour, dans le détail d’une frise, des scènes permettant de comprendre pour la première fois le travail des fondeurs de l’époque. Cette technique des calques, il l’emploie également pour les monuments arabes du Caire comme dans cet Intérieur de la madrasa de Qâytbây, élévation sur l’un des iwân (1858-59). Il utilise également l’estampage dont un ensemble important est réuni ici, illustrant des détails d’architecture arabe dont des frises complexes à décor végétal. On ignore comment est né chez lui ce profond intérêt pour les arts de l’Islam mais on sait qu’il avait une grande connaissance de l’histoire du Caire et que sa maîtrise de la langue arabe lui a permis d’avoir accès à des données qui ont échappé à ses contemporains. Lire la suite

L’Orient créé par l’Orient

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L’EHESS et l’Institut du monde arabe accueillent, du 15 au 17 juin prochain, un colloque international : « L’orientalisme et après ? Médiations, appropriations, contestations »

À l’ EHESS (les 15 & 16 juin) et à l’IMA (le 17 juin)

Le débat sur l’orientalisme fut lancé, il y a quasiment un demi-siècle, avec l’ère des décolonisations. Il est temps de prendre la mesure, historique, d’un procès qui a surtout consisté à se demander si, sous ses différentes formes (littéraire, plastique, linguistique, architecturale, culturelle), ce champ de curiosité et d’érudition, ce registre d’activité créatrice, étaient fondamentalement inféodés à une entreprise de domination de l’Occident, dont la forme suprême devait s’incarner dans le colonialisme.

On voudrait cette fois reprendre la question dans une perspective différente ou, plutôt, inverse. Ce n’est pas d’hier en effet que les élites arabes et musulmanes se sont préoccupées de revisiter leur histoire et leur patrimoine. Elles ont souvent pris pour guides en la matière des orientalistes occidentaux, savants philologues ou archéologues, écrivains ou artistes. Ce n’était qu’un légitime retour des choses puisque l’orientalisme avait bâti son savoir et ses images en puisant largement auprès d’informateurs, de traducteurs et de médiateurs autochtones. C’est donc l’Orient reconstruit par les Orientaux, en miroir de l’Orient des orientalistes, qui fera l’objet de ce colloque. On se demandera notamment comment des intellectuels, des artistes, des agents culturels, mais aussi des collectionneurs et des savants, reconstruisent et recréent une image de leur propre monde en dialogue avec un savoir, un ensemble de représentations héritées, en partie critiquées ou récusées, mais finalement révisées et réappropriées. Lire la suite

Coup de projecteur sur les nouveaux cinémas arabes

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La quatrième édition du festival Écrans des Nouveaux Cinémas Arabes se déroulera du 23 au 31 mai prochain à Marseille.

Organisé par l’association Aflam, née en 2000 pour promouvoir le cinéma du monde arabe, ce festival met à l’honneur les cinémas du Maroc à la Syrie. On pourra y découvrir les premières productions réalisées durant les événements de Tunisie comme le court métrage de Mohamed Zran, Dégage. Le réalisateur sera également présent avec un documentaire de fiction, Vivre ici (2009).

Le festival présentera entre autres le court métrage du jeune réalisateur tunisien Walid Mattar, Condamnations, une chronique de la vie d’un café tunisien. Ce film a notamment été récompensé d’un prix du scénario au Festival du court métrage de Tanger en octobre dernier. Autre thématique centrale : la place de la femme dans la société. Abordée sous l’angle du tabou de l’inceste dans Pegase du réalisateur marocain Mohamed Mouftakir, tout récemment récompensé au Fespaco (Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou). Parmi les jeunes réalisateurs, on notera la présence d’Ahmad Abdellah avec Microphone. Remarqué dans différents festivals et récompensé du Tanit d’Or aux Journées cinématographiques de Carthage (23-31 octobre 2010), ce long métrage tourné à Alexandrie invite à une plongée dans la scène underground de la ville, chanteurs de Hip-Hop, graffeurs, etc.

Le festival, qui propose une intéressante sélection de jeunes réalisateurs, rendra également hommage lors d’une soirée spéciale le 24 mai au réalisateur syrien récemment disparu, Omar Amiralay avec la projection des documentaires Les poules (1977) et Essai sur le barrage de l’Euphrate (1970).

Écrans des nouveaux cinémas arabes, du 23 au 31 mai. Programmation complète sur le site de l’Aflam. Du 6 au 12 juillet, des projections sur écran géant et en plein air sont organisées dans sept villes de la région.

L’association prépare dans le cadre de Marseille 2013 un Festival international des cinémas arabes.

Sur les bords du Nil

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À l’occasion de la parution de son ouvrage en collaboration avec Gilbert Sinoué, Impressions d’Égypte (Éditions de la Martinière, 2011- voir ici), l’Espace Saint-Cyprien à Toulouse présente une rétrospective du photographe Denis Dailleux.

Originaire d’Angers, Denis Dailleux a découvert l’Égypte en 1992. Il s’attarde alors sur le quartier populaire de la Gamaleya où il découvre : « les gens, leurs maisons, leurs conditions de travail. C’était Zola. Germinal à la fin du XXe siècle. Des ateliers hallucinants de dureté, des fonderies de métal dans lesquelles se serraient une quinzaine d’ouvriers dans un espace minuscule. Mais, en même temps une camaraderie comme j’en ai rarement connue ». Depuis, il s’est installé dans le pays. Il continue d’y dresser le portrait d’une Égypte multiple. D’ailleurs, « [ma] vision de Égypte et de son peuple n’a pas changé. Je continue à m’intéresser aux mêmes personnes. Ce sont elles qui m’importent, ce sont elles que j’éclaire. J’ai choisi de les sublimer par un travail minutieux de mise en situation, de perspective. Chaque personnage, chaque nature morte ou paysage me permet d’assurer ces choix« . Comme tout récemment encore lors de la Révolution égyptienne.

Du Nil dans mes veines. Espace Saint-Cyprien, 56 allées Charles de Fitte, 31300 Toulouse. Du lundi au vendredi de 9h à 12h30 et de 13h30 à 18h30. Samedi de 9h30 à 12h. Jusqu’au 8 juin.

Radu Mihaileanu, hommage à la femme marocaine

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Le réalisateur est en Sélection officielle à Cannes avec La source des femmes, son cinquième long métrage.

Cela fait huit ans que Radu Mihaileanu projetait un film sur ce sujet : quelque part dans un village entre le Maghreb et le Proche-Orient, des villageoises épuisées par la corvée de l’eau décident de faire la grève de l’amour. Tourné à l’automne dernier dans un petit village marocain, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Marrakech, il met en avant Leila, qui suite à la fausse couche de son amie, lance cette idée de grève de l’amour des villageoises pour faire réagir les hommes. Cette décision va semer le trouble dans ce paisible village et en bouleverser les codes patriarcaux.

Avec les films de Nadine Labaki Et maintenant on va où  (voir notre post ici) et de Leïla Kilani Sur la planche (voir ici) également présentés à Cannes cette année, trois films placent les femmes arabes au cœur de leur intrigue et de leur réflexion. En fait, dans des registres différents, les films écho du monde arabe présentés en sélection sur la croisette regardent tous trois du côté de la femme arabe, celui de Radu Mihaileanu se focalisant quant à lui sur la condition de la villageoise marocaine.

La source des femmes de Radu Mihaileanu. France, 2011, 2 h 15. Avec Leïla Bekhti, Hafsia Herzi, Sabrina Ouazani. Sortie sur les écrans le 2 novembre.

Festival de Cannes 2011, du 12 au 22 mai.

L’envers du décor

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« La Mosquée » du réalisateur marocain Daoud Aoulad-Syad était présentée lors de l’ouverture du 6e Panorama des cinémas du Maghreb.

Ce film a déjà séduit un public nombreux à travers les festivals dans lesquels il a été présenté et récompensé (Bayard d’Or du Meilleur scénario au Festival international du film francophone de Namur 2010). Car si l’histoire peut paraître anecdotique, elle n’en révèle pas moins beaucoup sur le fonctionnement de la société. Elle a été inspirée au réalisateur lorsque celui-ci est retourné sur les lieux de tournage de son précédent film, En attendant Pasolini (2007). Pour les besoins de celui-ci, une mosquée a été construite sur le terrain d’un habitant du village.

Les villageois se sont appropriés ce décor de cinéma qui est devenu ‘leur’ mosquée. Mais Moha, le propriétaire du champ qui l’avait loué pour la durée du film, veut récupérer son terrain et détruire ce décor car il a besoin de ce champ pour faire vivre sa famille. Il va alors faire appel à l’imam. Celui-ci s’est improvisé imam et comme il tire sa légitimité de l’existence même de cette mosquée, ce qui lui donne une position sociale désormais enviable, il ne tient pas à la voir disparaître. L’élu local ne sera pas d’un plus grand secours pour Moha, car les élections approchent !

Le réalisateur décortique ici ce qui se joue derrière ce décor factice de cinéma : la face sombre de la société marocaine. Dans ce petit village du sud, la voix d’un paysan ne compte pas beaucoup face à des personnalités locales à la position sociale confortable et qui s’évertuent à défendre leur statut. En dépit de quelques défauts techniques, voici, à n’en pas douter, un film à découvrir.

La Mosquée de Daoud Aoulad-Syad. Avec Abdelhadi Tohrach, Bouchra Hraih, Mustapha Tahtah. Maroc, 2010, 1 h 25.

Le 6e Panorama des cinémas du Maghreb jusqu’au 8 mai. Le programme complet du festival est à retrouver ici.

« Sept bouteilles à la mer », conte poétique

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Chaque matin, un jeune garçon se rend sur la plage…

Un jour, une bouteille s’échoue sur le sable. Il la rapporte à sa maman, qui la lui ouvre : elle contient sept jeunes plants qu’il s’empresse de repiquer dans le jardin, devant la maison. Le lendemain, ce sont les sept clefs perdues, ouvrant les coffres de mariage de ses parents, que referme une nouvelle bouteille charriée par les flots. Et ainsi de suite, jusqu’au septième jour, où une plus grande surprise encore attend le jeune garçon… Un beau conte du poète et écrivain iranien Ahmad Reza Ahmadi magnifiquement illustré par sa compatriote Rashin Kheirieh.

Ahmad Reza Ahmadi, Raskin Kheirieh (illustrations), Sept bouteilles à la mer, Rue du Monde, coll. Coup de cœur d’ailleurs, 2011, 48 p., 15 €. À partir de 4 ans.

Cannes 2011, Suite

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À 13 jours de l’ouverture du Festival de Cannes, la direction a annoncé aujourd’hui une nouveauté : le principe d’un pays invité d’honneur. C’est l’Égypte qui inaugure ce nouvel événement car : « Inviter l’Égypte en 2011 n’est pas seulement accueillir un pays qui a signalé au monde son besoin de changer l’histoire, son besoin de liberté, sa force collective et son désir de démocratie en faisant la révolution du 25 janvier, c’est aussi accueillir un grand pays de cinéma dont la présence à Cannes ne s’est jamais démentie« .

Tous les détails de cet hommage au cinéma égyptien, ici.

Festival de Cannes 2011, du 11 au 22 mai.